Témoignages

•Témoignage • Le parcours d’Émilie & Julien

La vie du bon côté

Émilie, 25 ans, en couple avec Julien depuis 9 ans. Un grand merci à eux d’avoir accepté de partager leur combat et leur jolie vision de la vie.
J’ai longtemps cru aux contes de fées, vous savez ceux qui disent à la fin : « Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants »… mais malheureusement pour nous, la réalité fut toute autre. Il s’agissait plutôt d’un conte de FIV avec une chute beaucoup moins féérique : « ils vécurent heureux et eurent beaucoup de traitements » !

Notre histoire commence le 2 mai 2013, date à laquelle Julien et moi décidons d’arrêter tout moyen de contraception. Auparavant, nous nous étions déjà lancés dans les essais, mais ma peur de tomber enceinte « trop vite » avait pris le dessus et le cycle suivant, je rentamais une plaquette de pilules. Je crois qu’à l’époque je ne me sentais pas tout à fait prête à devenir mère. Quand j’y repense, quelle ironie ! J’étais effectivement loin d’imaginer que cinq ans plus tard, bébé ne serait toujours pas là.

En bons petits soldats

C’est donc après un an de réels essais, où j’ai testé toutes sortes de techniques et astuces de « grand-mère », que le couperet est tombé : je suis atteinte du syndrome de Stein-Leventhal, communément appelé « ovaires polykystiques (SOPK) ». Causé par un déséquilibre hormonal, ce syndrome se traduit notamment par des cycles irréguliers, une pilosité importante, de l’acné et une prise de poids et bien sûr une baisse de la fertilité. Mon gynécologue m’a prescrit un traitement pour réguler mes cycles, ce qui a été très efficace, mais ne m’a pas permis d’obtenir une grossesse. J’ai, par la suite, suivi une autre méthode avec contrôle échographique pour vérifier que mes follicules arrivaient bien à maturation, mais hélas, cela n’a rien donné. Nous nous sommes donc orientés vers le centre de Procréation Médicalement Assistée de ma ville. Lors de notre premier rendez-vous, nous avons eu droit à une batterie d’examens, c’est parti pour les réjouissances : bilan hormonal, sérologie, hystérographie, spermogramme, spermoculture… En bons petits soldats, nous revenons avec tous les résultats, impatients de savoir ce que la gynécologue du centre AMP allait nous proposer. Première déception, je ne suis pas immunisée contre la rubéole. Il a donc fallu refaire le vaccin et attendre trois mois avant de recontrôler. Le temps me paraît une éternité. Lorsqu’enfin, nous repartons voir le médecin, celui-ci nous annonce que le spermogramme de mon mari n’est pas très bon. Julien souffre d’une oligoasthénospermie sévère et pour comprendre la raison de ce trouble, il souhaite que Julien réalise une échographie testiculaire. Cet examen permet de définir la technique de Fécondation in Vitro. Quelques semaines plus tard, l’échographie ne montrera rien d’anormal ce qui nous laisse enfin entrevoir le début d’un protocole pour une FIV ICSI.
Nous entamons un protocole long de 30 jours qui se déroule bien. Nous obtenons quatre ovocytes lors de la ponction qui donneront quatre embryons. Les biologistes décident de m’en transférer deux. Les deux autres n’ont malheureusement pas réussi à passer le cap des cinq jours, la congélation n’a donc pas pu être réalisée. Je vis ma première longue, très longue attente de 14 jours et le résultat tombe : je ne suis pas enceinte. Il faut tout refaire…

Deuxième FIV, nous changeons de stratégie, cette fois-ci nous passons en protocole court et en ICSI. Hélas, ce traitement ne s’avère pas efficace sur moi, la croissance de mes follicules ralentit et mon taux hormonal chute, nous devons annuler cette tentative. Je connais là ma première vraie déception, je suis complètement perdue et mon moral en prend un coup. Je me relève quand même et j’attaque le second round : FIV ICSI 2 bis (oui, c’est ainsi aux yeux de la sécurité sociale, lorsqu’il n’y a pas de transfert, la tentative ne compte pas). Nous repartons donc avec un protocole long qui semble mieux me convenir. Nous obtenons huit ovocytes, dont six embryons, et deux vont m’être transférés. J’espère, je désespère, j’attends, j’angoisse et tourne en rond, et finalement 14 jours après, le résultat est encore négatif. Je vis douloureusement cet échec d’autant plus que les quatre embryons restants n’ont pas pu être congelés. Une nouvelle fois, il faut tout recommencer…

La gynécologue décide d’approfondir les investigations et me demande de passer une hystéroscopie et une biopsie de l’endomètre. Julien, quant à lui, doit faire des examens complémentaires afin de rechercher une éventuelle fragmentation et/ou dénaturation des spermatozoïdes. La biopsie révèle chez moi une petite infection, le médecin, par mesure de précaution, nous met tous les deux sous antibiotiques et vitamines. Quatre mois s’écoulent et suite au traitement vitaminique, le spermogramme de mon mari s’est considérablement amélioré. On décide alors de tenter une 3e FIV ICSI sous protocole long. Résultat 17 ovocytes ponctionnés, qui donneront 14 embryons, mais une nouvelle fois aucun n’a réussi à franchir le cap de la congélation. Cette fois-ci, la nature joue avec mes nerfs, car après le transfert de deux embryons, ma prise de sang affiche un taux de 8 ui. Le laboratoire indique qu’un taux inférieur à 5 ui est considéré comme négatif. Je suis donc enceinte sans l’être vraiment. Je ne peux me réjouir franchement et ma gynécologue me confirmera quelques heures après qu’il s’agit très certainement d’une fausse couche précoce. Cette tentative s’arrête là et tous mes espoirs aussi.

Nous optons, suite aux derniers examens qui sont bien meilleurs, de passer en insémination artificielle (IAC). Je reprends donc un nouveau protocole, mais au bout de 30 jours, où aucun follicule ne parvient à réellement se développer, je craque et décide d’abandonner.
Suite à cette désillusion et sur recommandation de mon centre, je réalise un drilling ovarien en juin 2017. Le but de cette technique est de rétablir une ovulation spontanée ou tout du moins de favoriser une meilleure réponse aux traitements hormonaux. Pratiquée par cœlioscopie et sous anesthésie générale, le chirurgien profite de cette intervention pour me retirer des adhérences et des cellules d’endométriose. Depuis cette opération, mes cycles sont réguliers, mais bébé n’est toujours pas là.

Voir la vie du bon côté et vivre l’instant présent

Après tous ces examens, interventions, traitements et échecs, nous décidons avec Julien de partir en vacances sur l’île d’Oléron. Pause salutaire, et psychologiquement nécessaire. Nous n’avions pas eu l’occasion de nous retrouver que tous les deux depuis bien longtemps, loin de la PMA.

Un soir, main dans la main, face à un magnifique coucher de soleil, je prends conscience de la chance que j’ai. Oui, je dis bien de la chance, car c’est à ce moment précis que j’ai décidé de voir la vie du bon côté. Je me suis rendu compte que la vie était réellement belle. Vivre intensément le moment présent, en savourer chaque instant plutôt que d’attendre quelque chose ou quelqu’un qui ne viendra peut-être jamais ou dans quelques années. J’ai regardé mon mari et je me suis dit que le bonheur était là, juste sous mes yeux. Alors je me suis souvenue de celle que j’étais avant de commencer la PMA, celle dont l’enfance n’a pas été très heureuse, mais celle qui a choisi sa famille, une famille de cœur pas de sang. Tendez la main à la femme que vous étiez avant d’avoir ouvert la porte à la PMA, FIV, IACS et autres « joyeuseries » !

Pour ma part, je continue mon parcours du combattant en gardant à l’esprit qu’on ne sait pas où la PMA nous mènera, ni même quelle en sera l’issue. Mais une chose est sûre, je n’aurais aucun regret et je continuerai à aimer la vie.

Propos recueillis par Sophie Bertero.

Nous voulions juste être parents…

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