Témoignages

Nous voulions juste être parents…

Notre histoire d’amour avec Hugo a commencé à Barcelone où je venais de poser mes valises pour faire mon stage de fin d’études. C’était en septembre 2005 et j’étais super heureuse de découvrir une nouvelle ville, une nouvelle culture et de nouveaux visages. Un jour, je tombe sur une petite affiche collée en bas de mon immeuble sur laquelle était écrit en français : « Cherche étudiants pour monter une petite troupe de théâtre ». J’adore le théâtre, j’en fais depuis une dizaine d’années et je vois là l’opportunité de rencontrer du monde.

Je me présente donc quelques jours plus tard au point de rendez-vous dans un vieux bar espagnol situé dans le quartier du Raval. J’entre et tombe sur un grand brun aux yeux bleus. C’est d’abord son t-shirt ridicule, genre « Monsieur Maladroit », qui a attiré mon regard ! Il me demande si je viens pour la troupe de théâtre, je lui réponds que oui, et il m’invite à m’asseoir autour d’une table. Nous sommes une dizaine de Français et d’Espagnols et l’ambiance est super sympa. Nous sommes tous partants pour créer quelque chose et nous nous donnons rendez-vous la semaine suivante dans un local de répétition qu’Hugo a trouvé.

Plus les jours passent et plus je pense à ce garçon. J’attends avec impatience notre prochaine réunion et quand le jour J arrive et que j’entre dans ce petit théâtre improvisé, je ne vois que lui et mon cœur bat à 100.000. On rit, on se cherche du regard et l’on sait, l’un et l’autre, qu’il se passe quelque chose entre nous.

Un soir, Hugo m’ a invitée à boire un verre. Nous avons beaucoup parlé et nous nous sommes rendu-compte que nous venions tous les deux de la région lyonnaise, que nous avions de nombreux points communs et même que nous partagions des amis. Et puis, surtout, nous nous sommes embrassés pour la première fois. Depuis ce soir-là, nous ne nous sommes plus jamais quittés. Nous avons vécu une année magique à Barcelone et plus amoureux que jamais, nous sommes rentrés à Lyon pour y terminer nos études. Nous avons aménagé ensemble, nos familles se sont rencontrées, et nous nous sommes mariés en juillet 2007.

Un bonheur presque parfait…

Le bonheur était au rendez-vous, nous avions tous les deux de bons jobs dans lesquels on s’épanouissait, des amis bienveillants et il y avait toujours autant de passion entre nous. En toute logique et dans la continuité de notre douceur de vivre, nous avons commencé à parler « bébé ». Nous avions 27 ans tous les deux et nous avons cru que notre jeunesse permettrait de transformer rapidement notre duo en trio. J’ai arrêté la pilule en janvier 2008, et je suis tombée enceinte deux mois plus tard. Je nous vois encore sauter de joie comme deux gamins autour de ce test de grossesse positif. Les semaines passent, je n’ai pas trop de nausées, juste une légère fatigue. Nous profitons d’une soirée chez des amis pour annoncer la bonne nouvelle. Tout le monde est super heureux et lorsque nous rentrons à la maison je sens que quelque chose ne va pas. De fortes crampes dans le bas ventre me saisissent et s’en suivent, dans la nuit, des saignements importants. Nous filons aux urgences où on nous apprend que je suis en train de faire une fausse couche, j’étais à 11 SA. On me renvoie chez moi avec des cachets à prendre pour « évacuer le reste », comme nous lance maladroitement un interne. Nous sommes abattus et je culpabilise de n’avoir peut-être pas fait ce qu’il fallait pour protéger ce bébé. Hugo me rassure et quelques jours plus tard, je revois ma gynécologue qui me dit que ça arrive plus fréquemment qu’on ne le pense et que le corps a besoin de temps pour se réhabituer à fonctionner sans pilule.

Les mois passent et toujours rien à l’horizon. Je reste fragile et repense souvent à cette fausse couche. Je me mets même à croire que j’en fais un blocage. Les annonces de grossesse autour de moi s’additionnent et mon désespoir se multiplie. Les mois d’essais se transforment en années et à chaque début de cycle je pleure et m’enfonce toujours un peu plus dans la déprime. Hugo reste étonnamment positif et sait trouver les mots pour aller de l’avant. Pour mon 29e anniversaire, Hugo nous a organisé un week-end à Rome, oui comme la chanson, tous les deux sans personne ! Quelque temps après, je me rends compte que ma poitrine a gonflé, qu’elle me fait mal et que des veines bleues sont apparues en quelques jours. Je suis fatiguée et un peu nauséeuse. Cet état me rappelle bizarrement quelque chose. C’était le seul mois où j’avais lâché prise et où je n’avais pas usé de tests d’ovulation, de courbes de température et autres méthodes… Miracle, je suis à nouveau enceinte ! Malheureusement, le plaisir est de très courte durée, puisque je fais une nouvelle fois une fausse couche, précoce cette fois-ci.

Nous voulions juste devenir parents…

C’est finalement mon médecin généraliste qui nous oriente vers l’Institut Rhônalpin pour l’étude de la reproduction Humaine (IRH) où nous passons de nombreux examens qui pourraient expliquer ces fausses couches à répétition. Le verdict tombe, Hugo est atteint de tératospermie, 80 % des spermatozoïdes sont anormaux. Le médecin nous confirme que le spermogramme est mauvais et que nous n’avons pas d’autre choix que de nous tourner vers une FIV ICSI. Nous sortons de là complètement accablés et en colère. En colère contre quoi ? Contre qui ? Pour la première fois en trois ans, nous accusons le coup. Nous fêtons nos 30 ans et nous n’avons toujours pas d’enfant. Nous qui voulions juste être parents, nous étions loin d’imaginer que la chose la plus naturelle du monde était aussi compliquée.

Nous laissons passer quelques mois avant de prendre la décision, comme il nous a été conseillé, de nous tourner vers une ICSI. Hugo a mal vécu ce diagnostic, il s’est senti trahi par son corps, touché en plein cœur, coupable de m’avoir fait subir la terrible expérience de deux fausses couches et de ne pas pouvoir me donner d’enfant. C’est dur pour un jeune couple de trouver les mots, de se réconforter l’un et l’autre, de se relever, mais avec beaucoup d’amour, nous y sommes parvenus.

Septembre 2011, j’entame mon premier protocole FIV, Hugo me fait mes injections et prend son rôle très à cœur. Nous vivons cette période finalement assez bien. Portés par les équipes médicales, les rendez-vous qui s’enchaînent, nous nous laissons gentiment guider vers l’inconnu. La stimulation a l’air de bien fonctionner, du moins le médecin se montre confiant. La ponction se déroule également très bien et nous obtenons 2 embryons qui me seront transférés à J3. Nous vivons l’attente des 15 jours avec beaucoup de stress, ils nous paraissent interminables. Le 23 octobre, je fonce au labo faire ma prise de sang et pour notre plus grande joie, elle est positive avec un super taux. On nous dit de revenir deux jours après pour voir si le taux a doublé, et surprise, il a presque triplé. Nous sommes alors sûrs que nos deux crevettes se sont accrochées et nous sommes les plus heureux du monde. Cette fois par contre, nous garderons le secret jusqu’à la fin du premier trimestre de grossesse.

Curieusement, je me surprends à vivre ce début de grossesse assez bien et je suis même confiante pour l’avenir, car je me dis que grâce à l’ICSI, nous avons éliminé les risques de faire une nouvelle fausse couche. Je suis d’ailleurs très nauséeuse, ma poitrine me fait mal et ça me réveille même la nuit. Chaque haut-le-cœur et chaque tiraillement me rassurent et me rappellent que je suis en mode « couveuse ». Puis enfin, nous passons la première échographie où nous voyons deux petits cœurs battre très fort. Hugo a les yeux remplis d’émotion et moi je suis en larmes devant cette image magique et troublante, j’ai même du mal à croire que ces deux petits cœurs sont là bien au chaud dans mon ventre. Nous nous approchons de la 11e SA et j’ai peur. J’ai l’impression que ce cap des 11 SA est une frontière infranchissable. Entre sentiments contradictoires et angoisses irraisonnées, j’essaie de me rassurer et de me dire que tout ira bien. Épuisée, je pars me coucher. Le lendemain matin, je me réveille avec une étrange sensation. Comme un gros nuage noir, un mauvais rêve flotte encore au-dessus de ma tête. Un terrible cauchemar dans lequel je perds mes bébés. J’essaie de m’ôter cela de l’esprit, mais en allant aux toilettes, je vois que je perds un peu de sang. Un grand frisson me transperce, je fonds en larme et je suis inconsolable. Hugo m’entend pleurer, accourt vers moi et me prend dans ses bras. Il me dit de ne pas m’inquiéter, mais nous savons l’un et l’autre ce qu’il se trame. Je lis dans ses yeux l’angoisse et je sens que le sol se dérobe sous nos pieds. J’appelle mon médecin qui me demande de venir en urgence. Je ne peux pas me résoudre à revivre une énième fausse couche, ce serait celle de trop, je ne serai pas capable de surmonter une nouvelle fois, je le sais, je le sens.

Nous entrons dans la salle d’échographie, le médecin ne dit rien. Il pose la sonde sur mon ventre, garde encore le silence et moi je ne vois rien bouger à l’écran. Mon cœur se serre, je retiens mes larmes quand tout à coup, un petit clignotement apparaît sur le moniteur. Je reprends mon souffle et le gynécologue nous annonce qu’un cœur s’est arrêté, mais que le deuxième est toujours là… Entre soulagement et tristesse, nos regards se télescopent. Hugo et moi sommes sonnés : faut-il y croire, faut-il être heureux, faut-il avoir peur ? Les saignements ont duré plusieurs jours et ce fut pour nous les journées les plus longues et les plus angoissantes.

Aujourd’hui, Léna va fêter ces 7 ans. Malgré un début de grossesse chaotique et émotionnellement compliqué, ce fut une grossesse magique avec un accouchement de rêve. Alors que nous avions abandonné l’idée d’avoir d’autres enfants, Luis est venu nous rejoindre 3 ans après Léna, le plus naturellement du monde, j’ai même découvert ma grossesse à plus de 3 mois. Nous sommes repartis vivre à Barcelone, à quelques rues où 13 ans plus tôt nous nous sommes rencontrés avec Hugo pour la toute première fois. Nous voulions juste être parents et cela nous aura pris de nombreuses années, mais aujourd’hui nous savons ce que le mot « parent » signifie et c’est le plus beau rôle de notre vie.

 

Merci à Claire et Hugo pour leur confiance.

 

•Témoignage • Le parcours d’Émilie & Julien

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Sophie Bertero

Le magazine Web Fiv&Co est né d’une expérience personnelle d’Assistance Médicale à la Procréation qui aura duré près de 13 années. Long et difficile combat qui m’aura tout de même offert deux beaux garçons. Modestement, grâce à ce recul, mais aussi aux échanges avec d’autres couples ayant vécu, ou s’apprêtant à vivre, un parcours similaire au mien, m’est venue l’idée de créer ce magazine participatif en ligne. Issue du marketing et de la communication plurimédias, mon cursus et mon réseau professionnel m’ont permis de construire ce projet et de le faire grandir.

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