Portraits

Magalie Benoît, Psychopraticienne et Docteur en sexologie

De patiente à soignante, un parcours PMA hors du commun.

Après la découverte tardive d’une endométriose profonde, Magalie Benoît découvre l’univers hostile de la PMA et se trouve vite confronter aux lacunes dans l’accompagnement psychologique et physique. Après une reconversion professionnelle, elle accompagne aujourd’hui des couples en parcours de Procréation Médicalement Assistée. Merci à Magalie de nous avoir fait partager son inspirant parcours. 

Bonjour Magalie, pouvez-vous vous présenter en quelques lignes ?

Bonjour, je suis Magalie Benoit, je suis Docteur en Sexologie et Psychopraticienne, je me suis spécialisée dans l’accompagnement psychique et corporel des couples en parcours de Procréation Médicalement Assistée.

Je suis initialement issue d’une formation commerciale, j’ai fait une école de commerce, et des études financière, j’ai travaillé à la banque durant plusieurs années où je me suis épanouie professionnellement, j’adorais les challenges, le stress qui pouvait être un moteur parfois et la satisfaction d’y faire face.

Durant cette période-là, seule ma carrière comptait, il n’y avait pas trop de place pour une construction familiale… jusqu’au jour et j’ai rencontré mon amoureux.

Quel est votre parcours PMA et quelle est votre vision des choses à ce sujet ?

La perspective d’avoir un bébé était vraiment très lointaine dans mon esprit (et dans mon corps), alors quand mon amoureux m’a exprimé son désir d’avoir des enfants, nous avons commencé à « essayer ». Il est vrai que nous avons vu les mois s’égrainer sans vraiment s’inquiéter, et puis j’ai toujours eu des cycles très anarchiques et très difficiles, alors nous mettions cela en cause ; sauf qu’un jour, j’ai eu une très très grosse crise menstruelle et j’ai fini aux urgences !!! Le médecin m’a dit que c’était peut-être un kyste qui avait rompu et il m’a renvoyé chez moi avec des antidouleurs.

Mon parcours dès ce moment-là a été laborieux… Cet épisode douloureux nous ayant alertés, nous décidons de consulter, cela faisait déjà deux ans que nous essayions d’avoir un bébé. Le premier médecin que nous consultons me met sous traitement de stimulation simple « imaginant » que je n’ovulais pas, cela a duré un an sans résultat !

Nous décidons de prendre un deuxième avis, et pour cette chère dame, il ne fallait pas s’inquiéter « après l’arrêt de la pilule, il faut que le corps se remette en route »

Et vraiment par hasard je tombe sur un médecin spécialiste de la fertilité à Paris qui propose de faire une cœlioscopie exploratrice pour être sûr que tout va bien à l’intérieur, j’accepte !

À mon réveil j’apprends que l’exploration s’est terminée en opération, parce que je suis atteinte d’une endométriose profonde et sévère et que tous mes organes du petit bassin, ovaires, utérus, trompes et même intestins sont soudés ensemble par des adhérences, que j’ai des lésions d’endométriose un peu partout et qu’il a été obligé de tout nettoyer avant de fermer. Il m’annonce enfin qu’avec tous les efforts du monde, je n’aurais jamais pu être enceinte naturellement…

Il me remet une « photo souvenir » de mes lésions que je garde précieusement en mémoire de ce diagnostic. À ce moment-là, j’en suis là à la cinquième année « d’essai bébé ». Je repars avec une piqure de Decapeptyl, je suis en ménopause artificielle et orientée vers un centre de PMA !

J’ai ressenti beaucoup de colère et beaucoup de déception, je voyais régulièrement ma gynécologue, qui n’a jamais su voir que j’avais cette maladie, j’ai vu trois autres médecins qui n’ont même pas pris au sérieux ce désir de grossesse non assouvi, et le dernier qui finit de m’achever avec son traitement de stimulation qui durera un an. Avec le recul, je me dis que c’est juste une aberration, et surtout la détresse psychologique après avoir intégré le centre de PMA. On se trouve dans une errance totale, « Bon, c’est une endométriose, donc ce sera une FIV ! » alors que j’avais un tas de questions, un tas de doutes, je n’ai eu aucune réponse.

C’est à ce moment précis que je me suis dit qu’il y avait un véritable problème et de réelles lacunes dans l’accompagnement psychique et corporel en parcours PMA !

Comment avez-vous concilié vie de famille et reprise d’étude ?

Mon parcours m’a inspirée. Il m’a fait prendre conscience qu’il fallait absolument accompagner les couples en PMA, au départ, ce qui m’a intéressée, c’était la sophrologie. Je trouvais que cet outil pouvait parfaitement allier le psychisme et le corporel, alors j’ai fait une première formation, puis une seconde pour me perfectionner et me spécialiser en sophrologie obstétricale et maternelle. Ces formations pour adultes avaient lieu le samedi et le dimanche, alors c’est mon mari qui prenait le relai de tout ce qui avait à gérer, il a été d’un soutien sans faille dans ma reconversion professionnelle, sans lui je n’y serais jamais arrivée. Mes parents m’ont beaucoup aidée !

Parce qu’il est vrai que j’ai fini par avoir trois enfants grâce à la PMA, une fille en premier et des jumeaux garçon et fille, alors la reprise d’étude a été parfois très sport, je ne pense pas avoir été une seule fois à l’heure aux cours !

Lorsque j’ai commencé à proposer de la sophrologie de PMA, j’ai tout de suite eu beaucoup de demandes, il y avait bien un manque dans ce domaine-là. Je me suis vite sentie très déstabilisée par certaines souffrances de couples auxquelles je ne pouvais pas répondre que par la simple sophrologie alors, j’ai voulu aller plus loin, je souhaitais pouvoir répondre au plus près à la demande des couples. J’ai donc quitté mon travail à la banque et je me suis consacrée pleinement à l’accompagnement des couples en PMA. L’année dernière, j’ai obtenu un diplôme de psychothérapie et psychopathologie clinique et un doctorat en sexologie clinique appliquée.

En quoi consiste votre métier ?

Mon métier consiste à accompagner les couples pour qu’ils puissent vivre le plus sereinement possible leur parcours de PMA jusqu’à la gestion du résultat.

Pouvez-vous nous parler de votre méthode d’accompagnement 

Aujourd’hui, j’ai la chance de travailler avec une superbe équipe médicale au Centre de la Fertilité de l’Est Parisien, composée de gynécologues, de biologistes qui me font confiance et avec plusieurs associations de patients comme « Mon Endométriose, Ma Souffrance (MEMS) », « Association Collectif BAMP », « EndoFrance »… Et les demandes orientées par ces différents intermédiaires peuvent être très diverses.

La sophrologie est un de mes outils de prédilection, je la propose alors très souvent lors d’un accompagnement en parcours PMA. Cependant, j’ai aussi à accompagner des cas de vaginismes empêchant le traitement de PMA de se faire efficacement, j’accompagne aussi les couples ayant vécu des traumatismes liés à la conception, comme les fausses couches ou les morts fœtales in utero et en ce moment je me penche plus sur les problématiques liées à l’endométriose et j’aimerais pouvoir proposer quelque chose, afin que les femmes atteintes par cette maladie puissent la vivre au mieux.

Je dirais que j’ai une approche intégrative de la PMA et c’est en cela qu’ont consisté toutes mes formations.

Quel est votre constat aujourd’hui lorsque vous recevez des couples qui vivent un parcours de PMA ? 

Je déplore beaucoup l’« hyper pathologisation » du  temps de conception. Je suis triste de voir certains couples qui se retrouvent en PMA au bout de trois à six mois d’essai, et qui entrent trop rapidement dans un protocole lourd qui parfois peut être évité. J’ai dernièrement suivi un couple à qui on a proposé une FIV dans un diagnostic d’infertilité inexpliquée, cela faisait un an qu’ils essayaient d’avoir un bébé. Après les avoir reçus, j’ai appris que ça faisait six mois qu’ils n’avaient plus de rapports sexuels. Cela est peut-être dû au manque de temps pendant les consultations PMA et c’est cet espace là que j’aime offrir aux couples.

Un autre constat c’est la place minimisée du futur père dans les protocoles de PMA. Les hommes me disent souvent « on a l’impression de ne servir qu’à donner notre sperme », alors j’essaie de donner une place particulière à l’homme, à la femme et au couple dans mes accompagnements.

Ce qui vous rend fière et que vous n’auriez jamais pensé réussir il y a quelques années ?

D’abord ce qui me rend la plus fière, c’est ma famille, mes enfants, mon mari, vu mon parcours, mes opérations multiples et cette satanée maladie, je n’aurais jamais pu imaginer un jour porter et donner la vie… jusqu’au bout, ça a été une bataille ! Alors je suis super fière de l’avoir remportée !

Et puis à chaque fois que je reçois les témoignages des couples pour me dire que le traitement s’est bien passé, qu’ils attendent un bébé ou tout simplement qu’ils se sentent bien, c’est juste un bonheur indescriptible et je suis vraiment très fière de cela. J’ai pu transformer mon parcours difficile en un atout en ayant pu mettre en place quelque chose qui se passait dans ma tête et dans mon cœur au service des autres.

Avez-vous des conseils ou astuces à donner à nos lecteurs ?

Mon conseil serait de ne surtout pas hésiter à se faire aider, si jamais un couple rencontre une difficulté d’ordre psychique ou physique d’aller voir un thérapeute pour en parler. Ne serait-ce que pour pouvoir déposer cette souffrance, faire cette démarche est déjà un premier pas vers son traitement.

Comme astuce, j’aimerais conseiller à tous les couples en PMA d’apprendre la respiration abdominale. C’est un exercice qui permet de gérer les petites tensions du quotidien, savoir respirer est un fondamental de la sophrologie. Il s’agit d’utiliser sa respiration abdominale tout en prenant conscience de respirer.

Gonfler le ventre en poussant l’amplitude respiratoire dans l’abdomen plutôt que dans le thorax lors de l’inspiration, c’est un exercice de base très utile.

On peut le réaliser de nombreuses fois au cours de la journée et de façon discrète. L’oxygénation qui résulte de cet exercice favorise la relaxation.

La relaxation étant très utile en parcours de PMA.

(Voir notre article sur la relaxation en PMA)

Avez-vous des projets à venir ?

Oui oui et re oui, j’ai pour habitude de transformer mes expériences pour les mettre aux services des autres, mon endométriose m’oblige depuis des années à prendre un traitement en continu, que j’ai décidé d’arrêter, j’en ai assez des traitements médicamenteux et j’ai décidé de me tourner vers la phytothérapie qui me fait un bien fou.

Alors je vais me spécialiser en phytothérapie gynécologique, j’aimerais pouvoir proposer une alternative aux traitements allopathique dans le traitement de la douleur de l’endométriose par exemple, ou dans les cas de métrorragie comme j’ai pu le vivre pendant plusieurs années.

Alors je promets à mon mari que c’est mon dernier retour à l’université pour faire un diplôme de phytothérapie clinique et ensuite j’arrête.

À la rentrée, je vais aussi animer des ateliers de sexologie dédiés à l’accompagnement de l’endométriose en collaboration avec l’association MEMS, j’ai aussi un projet d’écriture d’articles médicaux et tout cela suit tranquillement son cours.

 

Vous pouvez suivre toute l’actualité de Magalie Benoît sur son site : http://sophropma.com

Endométriose et Sexualité ?

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